Qui brille au combat
Joséphine Japy, France, 2025o
Bertille, quinze ans, est atteinte d’un handicap lourd au diagnostic incertain. Ses parents et sa sœur aînée, Marion, vivent dans un équilibre fragile autour de cet enfant qui nécessite une protection et des soins constants. Alors qu'elle va bientôt passer son bac, Marion se trouve tiraillée entre son dévouement pour sa sa sœur et ses premiers élans émancipateurs hors du cadre familial. Mais lorsqu’un nouveau diagnostic est posé sur le handicap de Bertille, les cartes sont rebattues et un nouvel horizon se dessine.
Du premier long-métrage réalisé par l’actrice Joséphine Japy, on retiendra deux noms, deux êtres qui crèvent l’écran: Félix Kysyl et Angelina Woreth. On se souvient du premier en insaisissable objet du désir dans Miséricorde. Avec ses yeux fatigués, sa perpétuelle réserve, ses airs de brave garçon déchu, il affolait la libido de tout un village. La seconde s’est illustrée par quelques apparitions fulgurantes ici et là, notamment dans Leurs enfants après eux et Ma vie, ma gueule. Une beauté de mannequin, un regard triste, une ébauche de sourire: les mots ne se bousculent pas au portillon pour rendre compte de son magnétisme à elle. Dans son premier grand rôle, la jeune femme campe une adolescente de dix-sept ans, Marion, qui au moment de passer son bac connaît son premier amour avec un homme plus âgé (Kysyl, donc), restaurateur à la fois séduisant et inquiétant. Génie du casting. Cette relation sans avenir n’occupant qu’une place marginale dans l’intrigue, on dira aussi quelques mots du reste, qui vaut largement le détour. Car Marion a une sœur, Bertille, de deux ans sa cadette et née avec un handicap que personne ne comprend. À quinze ans, elle ne parle pas, marche tout le temps, se couvre le visage de nourriture. La mère s’occupe de cet enfant, qu’elle appelle parfois «mon bébé»; le père s’oublie dans le travail. Dans cet univers familial éprouvant, tout le monde fait front derrière Bertille, qu’il faut protéger et surveiller constamment. Inspiré par la biographie de Japy, dont la sœur est atteinte du syndrome de Phelan-McDermid, le récit se concentre sur Marion, tiraillée entre son amour pour sa sœur et ses premiers élans émancipateurs. La dimension chorale du film fait toutefois la part belle à chacun des membres de la famille, donnant lieu à une belle pluralité émotionnelle. Et le choix du format 1:66 donne l’impression de «coller» aux personnages. Du cinéma à fleur de peau.
Emilien Gür
